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2021 : année tempétueuse, 2022 : année mal barrée ?

A l’occasion de cette nouvelle année, faisons un bref bilan de l’année 2021, avant d’examiner ce que pourrait être 2022. Covid 19, télétravail, nouvelle UES AG2R, politique sociale du groupe, négociations passées et à venir, situation économique… le tableau est large, mais il est important d’analyser ces dossiers avant d’aborder les prochaines échéances.

2021 : COVID 19 et télétravail.

2021 a été surtout marqué par les vagues COVID 19, alors que selon certains prévisionnistes, le virus devait s’éteindre. Après une année 2020 catastrophique, beaucoup s’émerveillaient des promesses d’un « monde d’après ». L’idée était qu’après les dégâts causés par le coronavirus, une prise de conscience nouvelle allait surgir et un nouveau monde allait naitre. Finalement le grand reset n’a pas eu lieu et l’expression même de « monde d’après » a disparu.

Même si un « après Covid » existera, il sera moins fait de ruptures totales que d’aménagements plus au moins profonds de nos modes de vies.

A l’intérieur du groupe AG2R LA MONDIALE, la même tendance sociétale a été observée. Passée la stupeur de l’étendue de la crise sanitaire, la direction du groupe a agi et a su, contrairement à d’autres entreprises, prendre des mesures à la hauteur des enjeux. Maintien du salaire pour les salariés en confinement, même pour ceux qui ne pouvaient pas télétravailler, assouplissements horaires qui pouvaient aller jusqu’à ne plus décompter le temps de travail réel, mise en œuvre du télétravail à grande échelle… Malgré un certain nombre de dysfonctionnements liés surtout à l’organisation régionalisée du groupe, force est de constater que la direction a été globalement réactive et efficace dans ses actions.

En revanche, on était loin à la rentrée 2021 d’un « monde d’après ». Malgré les preuves que le télétravail ne nuit pas à la productivité (bien au contraire), que la souplesse et l’agilité dans l’organisation renforcent le fonctionnement du groupe, la direction générale est restée cantonnée à ses vieilles analyses. Les négociations d’un nouvel accord télétravail ont ainsi démontré que pour une majorité des membres du Comité de Direction générale, télétravail  est synonyme de « danse de souris quand le chat n’est pas là ».

2021 : On sépare la retraite et l’assurantiel et on rassemble le tout dans une UES.

En février, les salariés de l’activité retraite du groupe étaient consultés par référendum sur la validation d’un accord de constitution d’une UES entre le GIE AG2R, qui emploie les salariés des activités santé et prévoyance, et l’IRC AG2R AGIRC ARRCO, qui emploie les salariés de la retraite complémentaire.

L’objectif de la création d’une UES était clair : permettre à l’ensemble des salariés de bénéficier d’une représentation commune. Mais surtout, l’objectif principal était de garantir aux salariés de la retraite complémentaire la continuité du statut dont ils bénéficiaient lorsqu’ils étaient employés par le GIE AG2R. Le succès a été au rendez-vous avec 97% de réponses favorables à la constitution d’une UES.

2021 : La CFDT première organisation syndicale de la nouvelle UES.

En avril, des élections professionnelles ont suivi la création de l’UES AG2R.

La CFDT a été l’organisation syndicale choisie par la majorité des employés, des agents de maitrise et des cadres. Avec plus de 35 % des voix, elle a devancé largement la CGT (16%), FO (13%), la CGC (12%), l’UNSA (12%) et SUD(12%). C’est le reflet aussi de nos actions innovantes d’échanges en distanciel pendant la pandémie et de notre capacité à garder contact avec le personnel que nous représentons.

2021 : l’emploi dans le groupe, un plan social déguisé ?

En septembre, le CSE a examiné la politique sociale d’AG2R.

L’expert du CSE a mis en avant la poursuite de la décroissance des effectifs. Il s’agit d’une tendance de fond, car si l’on examine les chiffres sur 5 ans, on peut constater que le nombre de CDI a diminué de 18,7% et le nombre de CDD de 21,5%, soit 1 187 CDI de moins. Peu d’entreprises perdent un tel nombre d’emplois en 5 ans, sinon à travers un plan social.

Pour la CFDT la preuve a été faite que la politique RH et de recrutement du Groupe est pilotée par le contrôle de gestion. Il ne s’agit pas pour nous de nier les contraintes économiques, mais d’intégrer dans la politique de recrutement la question de la prospective des besoins par métiers pour garantir la bonne adéquation entre l’activité et les ressources humaines. Il s’agit aussi de penser en termes de performance économique associée à la qualité de service.

C’est aussi pourquoi la CFDT avait obtenu d’inverser le processus et qu’une étude prospective des besoins par métiers puisse déterminer un plan de recrutement à moyen terme. Or, ce plan de recrutement n’a été présenté que brièvement fin 2021, de plus par le directeur financier du groupe, ce qui en dit long sur sa logique de construction. La crainte de la CFDT est que ce plan de recrutement ne soit pas, comme prévu, le résultat d’une étude des besoins motivée, mais une construction purement économique, hors sol.

2021 : Un autre danger pour l’emploi dans le groupe, l’externalisation.

Dans l’activité retraite, le recours à la sous-traitance connait un développement temporaire, mais important, justifié par des besoins de renforcement des effectifs en provenance du périmètre entreprise avant le transfert du recouvrement des cotisations.

La justification de l’externalisation dans les autres activités est moins claire.

En santé prévoyance, la direction veut confier 80% des volumes de gestion aux prestataires. Resterait donc en interne moins de 20% de l’activité … Dans la relation clients, le niveau de prestations est également à 80%, en hausse malgré les engagements contraires annoncés par la direction.

Pour la CFDT, ce recours de plus en plus massif à la sous-traitance pose la question des activités de cœur de métier qui resteront traitées en interne. Comment garantir l’emploi et préserver l’expertise stratégique dans nos métiers ?

L’autre point à souligner est la politique de délégation en santé prévoyance, délégation qui ne cesse de prendre de l’ampleur au point de représenter 80% du chiffre d’affaires intermédié nouveau (nouvelles affaires) et 30% du chiffre d’affaires total. Quelles conséquences pour les emplois ainsi menacés ?

2021 : Une politique salariale inique.

L’enveloppe pour les augmentations salariales a été la plus faible de ces dernières années, soit 800 000 euros pour les augmentations collectives de plus de 10000 salariés, pour un total de 39 millions € d’économies sur le fonctionnement du groupe à cause de la crise sanitaire.

Toutes les organisations syndicales AG2R LA MONDIALE ont revendiqué une prime exceptionnelle pour tous les salariés de 1000 euros. En effet, les efforts réalisés par les salariés durant la crise sanitaire ont permis de maintenir l’activité dans des conditions souvent difficiles. La déception des salariés due aux augmentations 2021 les plus faibles jamais connues, est grande. Les marges de manœuvre pour une politique salariale plus généreuse, puisque le groupe a économisé plus de 39 millions d’euros sur ses frais de fonctionnement, justifiaient ce niveau de prime attendu par l’ensemble des salariés qui avait pu visionner une vidéo de leur directeur général appelant à booster la Négociation Annuelle Obligatoire.

Finalement, la direction a décidé d’octroyer une prime de seulement 250 euros.

Inique (qui manque à l’équité, qui est contraire à la justice), c’est par ce terme que toutes les organisations syndicales AG2R LA MONDIALE ont qualifié la politique salariale 2021.

La négociation qui portait sur la rémunération variable des Centres de Relation Client n’aura pas convaincu la majorité des organisations syndicales. Le niveau de revalorisation de cette variable qui rappelons-le n’avait pas évolué depuis sa mise en place il y a 6 années, n’est pas acceptable. Les managers eux-mêmes espéraient une meilleure valorisation du métier exercé par leurs équipes. La démonstration d’une réelle adéquation entre les objectifs fixés et la réalité de l’activité sur le terrain n’aura pas non plus convaincu.

L’aménagement des motifs d’absence qui impactent cette rémunération variable demandé par la CFDT n’a pas été validé par la direction. Ainsi un conseiller clientèle qui s’absenterait une journée pour l’enterrement d’un proche décédé continuera à voir sa variable diminuée fortement.

2021 : Le groupe s’est diversifié dans les résidences pour personnes âgées

Nexity et AG2R LA MONDIALE ont signé le 7 avril 2021 un accord pour la cession du contrôle du groupe Aegide-Domitys. A l’issue de la transaction, AG2R LA MONDIALE détiendra 67% du capital de Domitys.  Domitys est un gestionnaire d’établissements d’hébergement pour les personnes âgées autonomes, présent dans plusieurs pays européens. C’est le premier gestionnaire de résidences-services en France (en nombre de logements).

Par cette acquisition, le groupe complète son offre de services et diversifie son activité de groupe.

2021 est fini, place à 2022.

La nouvelle année commence sous des auspices qui auraient pu être meilleurs. Le groupe va au-devant de difficultés externes importantes et la situation en interne devient sinon insupportable, tout au moins très difficile à vivre.

2022 : Retraite, mal barrée…

Dans l’activité retraite complémentaire, le transfert du recouvrement des cotisations à l’ACOSS a certes été repoussé au 1er janvier 2023, mais nous ne savons pas encore à quelle sauce nous allons être mangés. Suivant l’étendue du transfert, ce sont entre 300 et 600 salariés qui verront leur travail disparaître. Si la direction générale a affirmé garantir un emploi à 300 collaborateurs, elle n’a pris aucun engagement sur un chiffre supérieur.

2022 : Santé prévoyance, mal barrées…

Dans l’activité santé et prévoyance, la centralisation des activités, qui a provoqué la disparition du traitement des prestations santé à Reims et à Toulouse, pourrait se poursuivre.

La volonté de la direction d’externaliser une part de plus en plus importante des activités aura un impact sensible sur le niveau d’emploi du groupe.

2022 : Situation économique de l’entreprise, mal barrée…

La situation économique est particulièrement préoccupante pour AG2R PREVOYANCE dont le ratio de solvabilité attendu, compte tenu des pertes récurrentes, serait en baisse de six points par an sur les trois ou quatre prochaines années en raison d’une sinistralité dégradée. Nous pouvons relativiser cette situation en notant qu’elle est également compliquée pour tous les autres acteurs du marché.

Le plan d’entreprise n’a pas engendré les résultats escomptés : sur les 25 indicateurs du plan d’entreprises, 10 sont en orange et 6 sont en rouge.

Cette situation a conduit la direction à construire un budget 2022 d’austérité.

L’ambition du budget 2022 prévoit une baisse pour le GIE AG2R de 36 millions d’euros, soit en pourcentage, la plus forte baisse au sein du groupe (- 7,8%,).

Le cadencement et la faisabilité de la mesure nous interpellent, tout comme les impacts sur les taches et les conditions de travail des salariés du groupe qui ont poussé les élus du CSE à déclencher une expertise avec un cabinet extérieur..

Ces mesures complémentaires auront un impact d’une perte de 107 postes sur les effectifs en CDI du secteur assurantiel.

2022 : Transformation de la distribution, de plus en plus mal barrée…

Les réunions CSE de 2021 ont permis de mesurer non seulement le niveau atteint mais également le chemin qui reste à parcourir pour que cette transformation de la distribution produise les effets escomptés. Il reste de nombreux points difficilement supportables pour les réseaux :

– L’absence traditionnelle de communication des challenges et des objectifs de l’année avant la fin de cette dernière,

– La question de la compétitivité

– L’absence de certains produits (épargne, épargne retraite ),

– Des modèles de challenges qui n’encouragent toujours pas le maintien ou le développement du portefeuille pour les collaborateurs du MDE,

– Des collaborateurs du MDP qui sont très peu nombreux à accéder aux premières tranches des challenges,

-Des conditions de travail et d’exercice du métier qui poussent de plus en plus de commerciaux à quitter le groupe.

Car, finalement, ce qui frappe c’est l’absence de projet véritable pour traiter les difficultés qui engendrent de la souffrance au travail pour de nombreux salariés de la direction commerciale.

2022 : Les négociations de 2022, mal barrées…

La CFDT estime que ce cadrage budgétaire en baisse de 4,2% pèsera négativement sur les négociations paritaires au sein du groupe et la capacité accordée à la DRH de négocier des accords sur la QVT, les NAO et la fin de carrière qui génère du passif social.

Plusieurs dossiers lourds sont à négocier dans les semaines et les mois qui viennent avec un impact sur les conditions de travail et les rémunérations des salariés AG2R.

2022 : Les salaires, mal barrés…

Notons que le SMIC augmente, mais pas les salaires minimums d’AG2R.

Le SMIC augmente de 0,9% au 1er janvier, et est porté à 1603 euros brut. Le Smic net mensuel est désormais égal à 1 269 euros.

Dans le même temps, les salaires minimums de notre branche professionnelle sont bloqués depuis 3 ans et cette situation conduit à ce que 7 RMMG (rémunérations mensuelles minimales garanties) de nos professions SONT INFERIEURES AU SMIC !

Puisque les négociations annuelles dans l’entreprise suivent la même logique que celles de la branche, le maintien du pouvoir d’achat dans l’UES AG2R est devenu un mirage dans le désert créé par les économies de fonctionnement voulues par la direction.

2022 : Qualité de vie au travail, mal barrée ?

Les négociations ont débuté par la restitution d’une enquête que la direction a mené fin 2020 avec un consultant extérieur sur un panel de moins de 100 salariés AG2R LA MONDIALE.

Même si quelques éléments intéressants de cette restitution peuvent alimenter l’analyse des négociateurs, la CFDT a jugé que l’échantillon des sondés était trop faible pour que l’enquête soit représentative. En effet, seuls 91 salariés pour l’ensemble des entités AG2R et LA MONDIALE ont été interrogés. De plus, la méthode utilisée d’entretiens semi directifs laisse une trop grande place à la subjectivité du consultant.

Devant ce constat, la CFDT mène depuis décembre sa propre enquête auprès des salariés. A ce jour 700 salariés ont déjà participé. Pour répondre à l’enquête qui servira de levier aux négociateurs CFDT pour agir et revendiquer un accord avec des actions concrètes, cliquez sur le lien suivant : Enquête QVT

Il s’agit maintenant de définir les thèmes de négociation avant d’aborder le fond des sujets.

Autant dire que la route est encore longue avant d’aboutir à un accord concret et il ne faut pas s’attendre à une fin des négociations avant mi 2022.

2022 : Fin de carrière, mal barrée ?

Ces négociations avaient été programmées dans le second semestre 2021 car l’accord actuel, qui régit notamment l’utilisation du CET de fin de carrière, est arrivé à son terme le 31 décembre. En accord avec les organisations syndicales, la DRH a proposé de reconduire les dispositifs actuels sur le premier semestre 2022 pour se laisser le temps de négocier plus sereinement.

En effet des éléments comme les trajectoires d’emploi dans le groupe ou la déclinaison d’une éventuelle réforme des retraites sont encore inconnus.

Cependant, la CFDT pense que les contraintes budgétaires vont peser aussi sur les négociations. Les dispositifs d’utilisation du CET pour la fin de carrière obligent l’employeur à constituer des provisions et nous craignons que la direction financière ne veuille réduire ce passif social en limitant, par exemple, l’abondement sur les jours épargnés.

En conclusion,

Après une année 2021 compliquée, nous pouvons augurer une année 2022 difficile. Nous avons titré plusieurs éléments de notre analyse par « mal barrés » pour cette nouvelle année.

Mais nous faisons peut-être un procès d’intention car un nouveau Directeur général va être à la barre au mois de mai. Saura-t-il être à la hauteur des tempêtes, sinon des raz de marée, que va connaitre le groupe en 2022 ?

Difficile de formuler une prévision, car contrairement à son prédécesseur, il n’a pour l’instant montrer aucune propension au dialogue social dans l’entreprise, au point que dans ses quelques interventions, il n’a jamais cité les représentants du personnel.

Il nous faudra attendre avant de voir si l’année 2022 sera bien ou mal barrée.

Quoi qu’il en soit, la CFDT continuera à tenir son rôle de vigie pour le personnel, de force de propositions et d’acteur de la contestation quand elle est nécessaire.

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teyssic
teyssic
5 mois il y a

“2021 : Le groupe s’est diversifié dans les résidences pour personnes âgées autonomes”

Avons nous le nom de ces groupes ou mieux les SIRET des entreprises concernées en toute discrétion svp ?

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