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SKY : un projet dans les nuages ou un projet avec des impacts de terrain ?

Le 24 novembre, le CSE AG2R a reçu une information sur un nouveau projet important pour notre activité santé et prévoyance : le projet SKY. Au-delà du simple projet informatique, le projet SKY qu’AG2R veut conduire avec Almeyris est stratégique pour le groupe et structurant pour l’avenir.

Le projet en synthèse.

Le projet Sky a pour but de nouer un partenariat stratégique avec Almerys , afin de coconstruire une plateforme informatique de gestion de nos contrats santé et prévoyance, pour en faire une référence de marché et générer des revenus pour le Groupe à terme.

Dans un marché de la prévoyance et de la santé collectives à la rentabilité incertaine et aux systèmes d’information plus que vieillissants, le Groupe a engagé une réflexion visant à moderniser notre informatique de gestion, en tout premier lieu le module de gestion des prestations prévoyance. Après consultation des éditeurs et entreprises de services numériques du marché, le Groupe a retenu Almerys pour codévelopper une plateforme informatique de référence ayant vocation à être proposée à l’ensemble du marché afin d’en mutualiser les coûts.

Le projet prendrait la forme d’une plateforme de marché BE-IVS, co-entreprise entre le Groupe BE-YS / Almerys et AG2R LA MONDIALE. Il s’agirait de créer une structure juridique (SAS) dans le groupe Be-ys avec des statuts propres, un pacte d’actionnaires et une gouvernance spécifique.

AG2R LA MONDIALE prendrait une participation dans cette structure à hauteur de 30% par l’intermédiaire de sa structure ALM innovation (environ 16,5 m€ sur 46,5 m€ de coût total, le solde de 30m€ étant pris en charge par Almeyris).

L’intégration et le déploiement interne ne sont pas inclus dans le budget initial et seront imputés sur le cout de fonctionnement d’AG2R Prévoyance.

ALM innovation est une structure financée à 90% par La Mondiale et par AG2R (8%) et VIA SANTE. Le projet est donc majoritairement financé par La Mondiale.

BE IVs sera une structure avec une vocation à faire des bénéfices et à rémunérer ses actionnaires. C’est pourquoi la solution informatique qui sera créée par BE IVs sera aussi vendue sur le marché.

Il est convenu cependant que les membres fondateurs seront facturés à prix coutant.

Beaucoup de contacts auraient été pris avec des opérateurs de marché qui se disent intéressés par la solution.

Pour la direction avoir un système informatique propre n’est plus un avantage déterminant. En effet, elle estime que les contrats santé sont de plus en plus normés. Donc le logiciel de gestion n’est plus un élément différenciant. L’objectif pour autant n’est pas d’avoir uniquement des contrats standards, car la gestion de contrats sur mesure serait toujours possible, logiciel prévu étant très paramétrable et très modulaire.

Comment fonctionnerait la nouvelle structure BE IVS ?

Un recrutement serait réalisé sur les postes clés et pour les équipes de développement.

Le plan de montée en charge détaillé réalisé pour la mise à niveau du socle applicatif et la construction des modules de gestion des sinistres prévoyance et santé devrait mobiliser un dispositif de 120 personnes, dont 80 auraient déjà été recrutées.

AG2R LA MONDIALE mettrait à disposition de BE IVS des ressources humaines sur la base du volontariat. Les salariés AG2R seraient en situation de détachement par une convention de mise à disposition et la signature d’un avenant au contrat de travail.

La période de mise à disposition serait établie sur une période déterminée (à définir au cas par cas), maximum 18 mois. Une période probatoire au cours de laquelle l’une ou l’autre des parties pourra mettre fin à la mise à disposition moyennant le respect d’un délai de prévenance sera formalisée.

Le lien hiérarchique AG2R LA MONDIALE serait maintenu.

Les entretiens d’appréciation seraient réalisés par le manager AG2R LM.

La validation des congés serait effectuée par le manager AG2R LM (après avis préalable du manager Be IVS).

Ce dossier pose finalement trois questions primordiales.

  1. Est-il nécessaire de se doter de nouveaux outils informatiques dans notre activité santé/prévoyance ?
  2. Le cas échéant, est-il judicieux de développer une solution externe, en partenariat, destinée à être ouverte au marché ?
  3. Et enfin, dans le cadre d’un partenariat, Almeyris est-il le bon acteur ?

Sur le premier point, la nécessité de développer une nouvelle solution informatique pour nos activité santé et prévoyance, l’affaire est entendue. Nos outils actuels sont vieillissants, couteux en maintenance et peu évolutifs.

Une fois la décision prise de changer d’outils, vient l’arbitrage entre développer de nouveaux produits en interne ou en externe.

Les chaines prévoyance et de gestion des contrats ont été jugées obsolètes par un auditeur externe. 35 millions d’investissements seraient nécessaires pour faire évoluer ces outils en interne, un coût jugé trop important pour la direction.

De plus, la direction affirme que notre direction informatique interne n’est plus dimensionnée et structurée pour développer de nouveaux outils informatiques.

Si la décision de développement qui est prise est de se tourner vers un partenariat, pourquoi avoir choisi Almeyris ?

La solution informatique utilisée par Via Santé pour les contrats individuels et le petit collectif, Activ’Infinite, ne serait pas, pour la direction, une voie pertinente, car il n’est pas prévu de développement prévoyance dans cette solution.

Almeyris a été retenu, car il co finance le développement.

De plus Almeyris est un partenaire depuis 20 ans du groupe sur l’activité tiers payant.

Une première proposition d’Almeyris était la construction d’une solution d’externalisation de la gestion. Le modèle retenu par AG2R LA MONDIALE n’est pas d’utiliser cette nouvelle solution informatique pour externaliser la gestion. Trois modèles de gestion sont possibles :

  • – Etre un assureur porteur de risque sans gestion,
  • – Etre un assureur et un gestionnaire,
  • – Etre un assureur gestionnaire et un assembleur de services portés par d’autres.

Le comité de direction du groupe se serait clairement positionné sur le dernier modèle.
En effet, il juge que la qualité du service est un élément différenciant primordial qui impose de garder une gestion interne.

Malgré les débuts de réponse donnés par la direction en réunion, un certain nombre d’interrogations demeurent. Parmi celles-ci, on peut citer :

Sur le nécessité de développer une solution en externe :

  • – L’empilement des outils au gré des différentes intégrations avait nécessité un chantier de rationalisation sur lequel nous n’avons que peu de vision. Comment envisager de changer de solution avant d’avoir terminé cette rationalisation et une nouvelle étude des besoins ?
  • – Quelles sont les économies attendues par cette rationalisation et quelle sont les économies déjà réalisées ?
  • – Quel serait le coût complet du développement d’une nouvelle solution en interne ?
  • – Quels sont, en détail, les freins au développement d’une solution en interne ?
  • – La direction indique que la nouvelle solution a pour objectif de générer 15% de gains de productivité supplémentaires en centre de gestion sur l’activité prévoyance.
    • – Comment seront générés ces gains de productivité ?
    • – Quels seront les impacts sur l’emploi ?
    • – Quels seront les gains de productivité estimés sur l’activité santé ?
    • – Quel sera le montant des économies générées par secteur d’activité ?

Dans le cas d’une solution développée en externe :

  • – Quelles seront les marges de manœuvre pour faire évoluer les outils en fonction de nos futurs besoins ?
  • – L’ajout de fonctionnalités complexes (ETT notamment) ne peut-il pas remettre en cause la structure même du socle de départ et compromettre l’adéquation de la solution ?
  • – La vente sur le marché de la solution ne nous fera-t-elle pas perdre un avantage compétitif sur ce marché, celui de notre qualité de gestion ?
  • – Le document fait référence à une démarche « éthique » entre les membres fondateurs qui s’interdiraient ou limiteraient la concurrence directe ou indirecte et privilégieraient les montages ou synergies commerciales communes.
    • – Un engagement éthique est-il suffisant ?
    • – Si d’autres membres qui auraient acheté la solution ou qui aurait participé au développement devaient entrer dans la nouvelle structure BE IVS, quelles garanties aurions-nous qu’ils pratiqueraient la même éthique ?
  • – Dans le cadre du développement et de la maintenance de solutions informatiques pour l’activité santé et prévoyance en externe,
    • – Quel sera le modèle futur de notre Direction informatique ?
    • – Quels impacts sur l’organisation, les activités et l’emploi ?
  • – Quels seront les coûts totaux estimés du développement de cette solution ?
  • – Quels seront les coûts estimés de déploiement et de maintenance en vitesse de croisière ?
  • – Quelles seront les économies générées par rapport aux coûts informatiques actuels ?

Sur le choix d’Almeyris et sur la structure du partenariat :

  • – Quelle sera la structure juridique exacte de la nouvelle entité et quels seront ses liens d’intégration dans le groupe Ag2R LA MONDIALE ?
  • – Quelle est la place d’Almeyris dans le groupe Be-Ys ?
  • – Quel sera la place de la structure commune Be-IVS dans Be-YS ?
  • – Quelle seront les règles de gouvernance de Be-IVS ?
  • – Quels sont les détails du pacte d’actionnaires ?
  • – Quelles sont les conditions de sorties de Be-IVS ?
  • – Quelles sont les garanties pour le groupe AG2R LA MONDIALE en cas d’échec du développement de SKY ?
  • – Comment serait perçu le fait qu’ALMERYS prévoit de confier à son site Tunisien les activités de maintenance et d’évolution de SKY ?
    • – Ethiquement AG2R la mondiale pourrait-il accepter cela ?
    • – Quelle image pour un groupe de protection sociale comme le nôtre en ressortirait ?

On le voit, ce dossier complexe est stratégique et structurant pour l’avenir du groupe. Il aura des impacts importants sur l’organisation et l’activité de nos services informatiques, mais aussi à terme, de nos services de gestion santé et prévoyance.

D’autres partenariats dans le passé, comme ceux avec la MACIF, EPSENS, la MATMUT ont été synonymes d’échec pour le groupe et de pertes financières.

C’est pourquoi les élus CFDT du CSE ne pourront rendre un avis que si des réponses complètes et claires sont apportées par la direction sur ce dossier.

Mais un avis donné sur le principe de la création d’une co entreprise avec Almeyris ne sera pas suffisant. Compte tenu des impacts ce projet tant au niveau de l’activité, de l’organisation, des budgets de fonctionnement et de l’emploi, il sera indispensable que le CSE puisse suivre les évolutions tout au long de la construction et du déploiement du projet SKY.

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